IDÉES REÇUES et CRIS D'ALARMES

Page subjective diront certains ! peut-être, mais pas sûr ! C'est à vous de voir. En tous cas certaines opinions, lieux communs, idées reçues m'agacent, me chifonnent, me mettent en rogne et vont parfois même jusqu'à m'horripiler. Pour inaugurer cette page, voici quelques lieux communs sur la musique dite "classique" qui méritent d'être dénoncés (n'ayons pas peur des mots) :

La musique classique serait une musique réservée à une élite, voire à une élite snob pour certains. Elle est donc destinées aux personnes disposant d'un bon confort économique. STOP ! erreur totale : comparez le prix d'un billet pour une grande "star" de la chanson ou pour un match de football, et vous verrez. Ce samedi 22 septembre 2015, l'entrée au concert du quatuor VOCE à Quinsac en Gironde était de 8 euros. Vous avez bien lu. Les quatre musiciens sont tous de haut niveau, prix de conservatoires, et prix internationaux en tant que quatuor !

Remise des pendules (économiques) à l'heure :

Concert de Johnny Halliday à Bercy en mars : de 45 à 150 euros la place et idem dans les grandes villes de France.Adèle à Paris le 9 juin de 110 à 298 euros.Rihana à Nice de 82 à 128 euros. A Paris : de 85 à 106 euros. Celine Dion à Paris le 24 juin, de 110 à 285 euros. Concert AC/DC à Marseille au stade vélodrome : 129 à 159 euros. Philharmonie de Paris, jazz organ trio salle Pleyel 7 février 2016 = 25 euros. Concert d’Alexandre Tharaud, pianiste en mars à Bordeaux : de 8 à 55 euros.Concert symphonique ONBA Plus une trompette soliste en mars : de 8 à 40 euros. Concert avec 2 symphonies et un concerto pour violon avec la soliste internationale Patricia Kopatchinskaja : 8 à 55 euros. Orchestre National de Lille en février à Lille : de 5 à 69 euros, à Boulogne sur mer : 8 à 18 euros.

Alors, toujours convaincu que le "classique" est une musique de "riches" ?


Autre lieu commun totalement détestable sur la musique "classique" : elle ne serait pas assez rythmée !!!! J'ai même entendu cela sur "France Musique" dans la bouche d'un journaliste spécialisé. Alors que le rock ou la pop, là oui, il y a du rythme, poursuivait-il ! C'est confondre rythme et pulsation régulière ou pour prendre des termes anglais ici mieux précis "rythm" et "beat". Ah oui, il n'y a pas de batterie dans un quatuor à cordes ou un orchestre symphonique (le beat, c'est à dire la pulsation, n'est pas marqué par un instrument dont ce serait le rôle) mais du rythme, il y en a, et bien plus riche et diversifié que dans le rock ou la pop (que je peux apprécier par ailleurs soyons clairs).

La musique  classique  est ennuyeuse disent certains. Certaines pièces peuvent être  d'un abord difficile, certes, mais le qualificatif d'ennuyeux n'est pas approprié. Le  plaisir peut être  immédiat, comme par  exemple avec les  compositions de Pablo de Sarasate, fabuleux violoniste du XIX° siècle qui a composé des  pièces pour son instrument qui sont  un régal de joie de vivre et de bonne humeur, même si certains musicologues quelque peu  snobs  trouvent ses harmonies trop  "faciles". Les écouter procure un plaisir instantané, et  remet  le moral au beau fixe; les jouer, une jouissance immédiate.

Pour un genre réputé plus difficile, comme le  quatuor  à cordes, il convient de commencer par des auteurs abordables  tel que Joseph Haydn, par exemple dont l'ensemble  des quatuors me procure un plaisir sans cesse renouvelé. Haydn a cette qualité rare d'être à la fois populaire et savant, pour faire court. Son écriture est riche et subtile, mais satisfait aussi des oreilles non préparées. Pour d'autres compositeurs, il faut  un apprentissage  de l'écoute, c'est  sûr, mais cela est  vrai pour tous  genres de musique. Ce n'est  pas du jour au lendemain que j'ai apprécié les deniers quatuors de Ludwig van Beethoven, mais l'effort vaut la peine d'être fait.

CRI D'ALARME du 29 janvier 2016 :

Un petit tour chez mon libraire pour voir ce qu'il y a de nouveau dans le domaine musical : avalanches d'ouvrages sur David Bowie (la mort, ça rapporte). Justement je cherche un ouvrage qui ne traiterai que de l'aspect musical du chanteur pop. Et j'en trouve un, signé de Matthieu Thibault, présenté comme musicologue et qui propose le seul ouvrage sur Bowie qui analyse sa musique. Tant mieux ! Intitulé, Bowie : L'avant-garde pop, édité en 2013 par Les éditions Le mot et le reste. Hélas je déchante vite (si j'ose dire) car point d'analyse musicale, pas un seul extrait de partition commenté, mais seulement des commentaire subjectifs et descriptifs sur la musique de Bowie, du genre "sur des harmonies rêveuse" etc. De qui se moque-t-on ? Moi qui ai entendu force nécrologies dithyrambiques sur Bowie, insistant sur son "génie" je ne trouve nulle part une explication sur son génie musical, qui reste d'ailleurs à démontrer. En fait son langage musical analysé sérieusement révèlerait une harmonie tonale telle qu'elle a été créée fin XVIII° début XIX° siècle. L'innovation est ailleurs chez Bowie, dans son sens du commerce, de la création de personnages, mais pas dans la musique, j'en doute fort. Et c'est bien là le problème.

HALTE AU TERRORISME DE LA BEAUTE PHYSIQUE !

Avez-vous remarqué la plastique des musicien(ne)s du "classique" ? Aujourd'hui une Ginette Neveu n'aurait aucune chance de faire carrière, car son physique ordinaire ne lui en donnerait pas la possibilité. Ecoutez et regardez le film dans lequel on la voit jouer le poème de Chausson : c'est bouleversant de sensibilité à fleur de peau, d'intensité émotionnelle et pour tout dire, d'une grande beauté. Maintenant allez sur YouTube écouter et regarder la jeune Camille Berthollet jouer les quatre saisons de Vivaldi : Une splendide rousse de 16 ans qui lors de l'émission TV Prodiges à conquis le jury. Lequel jury l'a regardée, mais ne l'a pas bien écoutée : le son n'est pas toujours propre, et surtout la justesse n'est pas elle non plus toujours au  rendez-vous. Et elle vient de publier un disque sans grand intérêt. Que cette jeune fille soit ravie, on la comprend, mais ce n'est pas servir la musique classique que de tabler sur le seul physique de la musicienne. Ah, mais je suis un grincheux qui n'a rien compris, elle joue rock and roll, et c'est cela qui plait aujourd'hui, et qui sauvera la musique classique. Mon œil !!!! Une culture est bien morte quand on la défend au lieu de l'inventer disait Paul Veyne. Reprenant cette argument on peut dire qu'une musique est bien morte quand on la défend par l'image au lieu de la jouer avec sensibilité !

Aujourd'hui nombreux sont ceux qui veulent défendre la musique "classique", ce qui est une erreur fondamentale car ils le font en la parant des atours de la musique populaire : cela ne marchera jamais car la musique classique ne saurait s'embarrasser de l'inutile et de l'attrape-couillon : physique de starlette de magazine, pochette de disque racoleuse, discours convenu etc... A quand les pétards et les fumigènes, ou pire le sexe provocateur  ??? Imaginez un quatuor à cordes  -string quartett en anglais- dont les musicien(ne)s serait vêtu(e)s uniquement d'un string ! C'est vendeur non ?

Il vaudrait mieux, selon moi,  pour donner le goût de la musique "classique", développer l'éducation en ce sens, mais à part des initiatives individuelles et trop rares, rien n'est fait en ce sens. Et ce n'est pas l'inculture en ce domaine de la grande majorité des journalistes et des politiques qui changera quoique ce soit. On le regrette d'autant plus que les médias ont une lourde responsabilité dans l'orientation des goûts et des couleurs. Goûts et couleurs, dont on peut et doit discuter contrairement à l'adage populaire.  Ce qui n'est pas contradictoire avec le fait de pouvoir apprécier aussi bien un concerto classique, qu'une chanson de variété, qu'un rock, ou bien encore une musique traditionnelle d'ici ou d'ailleurs.

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